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<poem>
<title>IX Au peuple</title>
<author>Victor Hugo</author>
<stanza>
<l>Il te ressemble; il est terrible est pacifique.</l>
<l>Il est sous l'infini le niveau magnifique;</l>
<l>Il a le mouvement, il a l'immensité.</l>
<l>Apaisé d'un rayon et d'un souffle agité,</l>
<l>Tantôt c'est l'harmonie et tantôt le cri rauque.</l>
<l>Les monstres sont à l'aise en sa profondeur glauque;</l>
<l>La trombe y germe; il a des gouffres inconnus</l>
<l>D'où ceux qui l'ont bravé ne sont pas revenus;</l>
<l>Sur son énormité le colosse chavire;</l>
<l>Comme toi le despote, il brise le navire;</l>
<l>Le fanal est sur lui comme l'esprit sur toi;</l>
<l>Il foudroie, il caresse, et Dieu seul sait pourquoi;</l>
<l>Sa vague, où l'on entend comme des chocs d'armures,</l>
<l>Emplit la sombre nuit de monstrueux murmures,</l>
<l>Et l'on sent que ce flot, comme toi, gouffre humain,</l>
<l>Ayant rugi ce soir, dévorera demain.</l>
<l>Son onde est une lame aussi bien que le glaive;</l>
<l>Il chante un hymne immense à Vénus qui se lève;</l>
<l>Sa rondeur formidable, azur universel,</l>
<l>Accepte en son miroir tous les astres du ciel;</l>
<l>Il a la force rude et la grâce superbe;</l>
<l>Il déracine un roc, il épargne un brin d'herbe;</l>
<l>Il jette comme toi l'écume aux fiers sommets,</l>
<l>O Peuple; seulement, lui, ne trompe jamais</l>
<l>Quand, l'oeil fixe, et debout sur sa grève sacrée,</l>
<l>Et pensif, on attend l'heure de sa marée.</l>
</stanza>
</poem>