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<poem>
<title>V. Puisque le juste...</title>
<author>Victor Hugo</author>
<stanza>
<l>Puisque le juste est dans l'abîme,</l>
<l>Puisqu'on donne le sceptre au crime,</l>
<l>Puisque tous les droits sont trahis,</l>
<l>Puisque les plus fiers restent mornes,</l>
<l>Puisqu'on affiche au coin des bornes</l>
<l>Le déshonneur de mon pays;</l>
</stanza>
<stanza>
<l>O République de nos pères,</l>
<l>Grand Panthéon plein de lumières,</l>
<l>Dôme d'or dans le libre azur,</l>
<l>Temple des ombres immortelles,</l>
<l>Puisqu'on vient avec des échelles</l>
<l>Coller l'empire sur ton mur;</l>
</stanza>
<stanza>
<l>Puisque toute âme est affaiblie,</l>
<l>Puisqu'on rampe; puisqu'on oublie</l>
<l>Le vrai, le pur, le grand, le beau,</l>
<l>Les yeux indignés de l'histoire,</l>
<l>L'honneur, la loi, le droit, la gloire,</l>
<l>Et ceux qui sont dans le tombeau;</l>
</stanza>
<stanza>
<l>Je t'aime, exil! douleur, je t'aime!</l>
<l>Tristesse, sois mon diadème.</l>
<l>Je t'aime, altière pauvreté!</l>
<l>J'aime ma porte aux vents battue.</l>
<l>J'aime le deuil, grave statue</l>
<l>Qui vient s'asseoir à mon côté.</l>
</stanza>
<stanza>
<l>J'aime le malheur qui m'éprouve;</l>
<l>Et cette ombre où je vous retrouve,</l>
<l>O vous à qui mon coeur sourit,</l>
<l>Dignité, foi, vertu voilée,</l>
<l>Toi, liberté, fière exilée,</l>
<l>Et toi, dévoûment, grand proscrit!</l>
</stanza>
<stanza>
<l>J'aime cette île solitaire,</l>
<l>Jersey, que la libre Angleterre</l>
<l>Couvre de son vieux pavillon,</l>
<l>L'eau noire, par moments accrue,</l>
<l>Le navire, errante charrue,</l>
<l>Le flot, mystérieux sillon.</l>
</stanza>
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<l>J'aime ta mouette, ô mer profonde,</l>
<l>Qui secoue en perles ton onde</l>
<l>Sur son aile aux fauves couleurs,</l>
<l>Plonge dans les lames géantes,</l>
<l>Et sort de ces gueules béantes</l>
<l>Comme l'âme sort des douleurs!</l>
</stanza>
<stanza>
<l>J'aime la roche solennelle</l>
<l>D'où j'entends la plainte éternelle,</l>
<l>Sans trêve comme le remords,</l>
<l>Toujours renaissant dans les ombres,</l>
<l>Des vagues sure les écueils sombres,</l>
<l>Des mères sur leurs enfants morts.</l>
</stanza>
</poem>